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Quoi ? Un nouveau billet de blog si tôt dans l’année alors que ça fait moins de neuf mois que je n’ai rien mis en ligne ici ? Que se passe-t-il ? Ah oui, c’est novembre et le NaNoWriMo a déjà commencé depuis 10 jours.

Cette année, nulle steampunkerie au programme. Pas de vapeur, d’engrenages ou de charbon. Pas de rétro, de no-future ou de pirates à fumeron, mais une vieille idée de satire politique éhontément pompée sur influencée par la série britannique The Thick of It (et son adaptation U.S. Veep).

Je vous laisse découvrir le synopsis du Nexus des polymathes du bourdon, au titre tellement gonflant qu’il frise l’aérophagie.

le nexus des polymathes du bourdon - couverture nano2015

J’avais prévu des billets au cours du mois d’octobre, mais j’ai été un peu NaNo-occupé. J’y reviendrai dans un futur proche (relativement).

Bref, je suis en retard dans le compte de mots, et parce que j’aime me motiver en me dispersant, j’ai écrit un peptalk. En alexandrins. Et c’est beaucoup trop long. Tout ça demande des recoupes avant diffusion au sein des NaNoteurs, mais ici, j’ai eu envie de livrer la version intégrale après suppression des rimes entre pouet et roupette. Ça aurait pu être pire, j’aurais pu en faire une comédie musicale.

 


 

(J’ai oublié de mettre un titre)

LES PERSONNIFICATIONS DU DOUTE, DE LA FATIGUE, DE LA PARESSE, DE LA PROCRASTINATION ET DE LA DÉMOTIVATION FORCENT UNE PORTE POUR ENTRER SUR SCÈNE OÙ FLOTTE UN CASQUE DE VIKING. TOUS S’EN APPROCHENT AVEC CIRCONSPECTION. UN PREMIER CHŒUR DE DISTRACTIONS DIVERSES ÂNONNE UNE RITOURNELLE ENTÊTANTE, À LAQUELLE RÉPOND EN CANON UN SECOND CHŒUR, CELUI DES OBLIGATIONS SOCIALES.

DOUTE
Cela fait un roman, cinquante mille mots ?
On ne l’ourdirait pas en moins de trente jours.

FATIGUE
(baille)
C’est pourtant le défi relevé – au secours !
Portant le nom barbare de NaNoWriMo.

PARESSE
Il paraît qu’on écrit ici une romance !
Là on fait du polar, là de la fantasy.
Il y en aurait même au rayon poésie !

PROCRASTINATION
Des mots, des mots encor ? La folle effervescence !

DÉMOTIVATION
Cela ne durera. Croyez mon expérience.

DOUTE
Dans quatre ou cinq cents mots, j’ôte leur assurance !
Tant de concentration, cela n’est pas leur fort.

FATIGUE
Quant à moi, je viendrai les bercer de sopor.

CHŒUR DE DISTRACTIONS DIVERSES
Comment peut-on écrire alors qu’on les aguiche,
Nous, les jeux vidéos, les séries et les quiches ?
Nul ne peut résister à notre tentation :
Cette sortie ciné qui fait tant sensation.
Ou plus sournois encore avec ce Topito,
Ce top cent des plus nulles blagues de Toto.

CHŒUR DES OBLIGATIONS SOCIALES
C’est sans compter sur nous, obligations sociales :
Profession et ménage ont besoin d’attention.
Nous nous manifestons quand vient l’inspiration.

PROCRASTINATION
Écrire n’est bon que pour les sardanapales !

PARESSE
(dédaigneuse)
Ils ne sont pas Hugo et leur plume est capone,
Tous ces velléitaires…

DOUTE & FATIGUE
(riant en chœur)
Un rien les abandonne !

Arrive la Muse, armée d’une pelle. La Paresse se lève pour la renvoyer. La Muse assomme la Paresse d’un coup vertical de la pelle. La Paresse s’écroule. Les personnifications s’éparpillent face à la menace de la pelle.

MUSE
Silence, turlupins ! Plus un mot, malappris !
Je ne tolérerai de vous tout ce mépris
Ici, l’on n’a que faire de vos tristes zoïles :
L’heure est celle du verbe en langue d’oc ou d’oïl.
Ravalez sur le champ vos âcres quérulences !
Je vous vois ruer des quatre coins de la France
Pérorant qu’écrire est le seul fait d’une élite,
De gens autorisés qui s’entre-félicitent
D’avoir ce précieux droit d’user des belles lettres
Pour s’auto-envoyer des congratulations,
Bien oublieux qu’ils sont d’avoir un jour dû paître
Dans la vaine-pâture des écrivaillons.

DÉMOTIVATION
Nul ne doit braconner la langue de Molière !
Elle est figée ? Au moins, elle n’est dégradée !

MUSE
Pourtant l’un peut sculpter un bollard chambardé
Sans qu’on y voie d’affront aux plus nobles statuaires.
L’on approuve aussi la passion d’untel qui
S’adonne à la peinture et parfois au croquis
Ou l’amateur rêvant d’être champion de foot.
Mais se prétendre plume, aussitôt quel raout !
(mimant la Démotivation)
C’est la garden-party ! L’avis est unanime :
Il convient de lyncher tous ces pusillanimes.
Ces grimauds qui aux lettres sont les pires maux,
Qui ne connaissent rien, en tout cas rien aux mots.

CHŒUR DE DISTRACTIONS DIVERSES
Le foot n’est qu’un loisir ! C’est fait pour s’amuser !

MUSE
(menaçant le chœur de sa pelle)
Écrire est si sérieux, sa place est au musée ?
Qui ne s’est esclaffé au cours d’une lecture
Ou n’a jamais rêvé de folles aventures
En ouvrant son bouquin sur des îles perdues
Où dorment des dragons et des anges déchus ?

PROCRASTINATION
On publie trop de livres.

DÉMOTIVATION
Et des livres médiocres !

MUSE
(d’un revers de la pelle, elle aplatit le nez de la Démotivation qui s’enfuit)
Personne ne prétend qu’il faille publier
Un premier jet tiré, aussitôt relié
Dès que les arbres perdent leur parure d’ocre.
Et si l’on ne demande aucune qualité,
Rien qu’un nombre de mots, leur seule quantité,
On y gagnera bien un peu plus de carrure,
Un verbe rendu leste par cette gageure.
L’écriture est un art de snobs et d’une élite
Dont le vocabulaire si parcimonieux
Ne sert que lors de vœux d’ordre peccamineux :
« J’acquiesce volontiers à l’invite au coït. »

FATIGUE
Énergie gaspillée ! Tant de frivolité
À écrire une histoir’ mille fois racontée…

PROCRASTINATION
Je parie que leur style est plat comme de l’eau.

DOUTE
S’ils se croient du génie, ils n’ont mêm’ pas de lampe.
En revanche, ils en ont – c’est certain, le culot !

MUSE
(se détourne des personnifications et s’adresse au public)
N’écoutez ces vautours qui jasent à vos tempes.
Eux se croient si brillants avec leurs mots d’esprit
Alors qu’en vérité, nul d’entre eux n’a compris !
L’eau n’est jamais plate quand elle est océan
Chaque goutte écrite devient un affluent
Dont le flux écumant s’époumone de lettres,
En dialogues vivants clamés de tout son être.
On n’aura Salammbô ? Personne n’est Flaubert ?
Ce n’est une raison pour tout jeter en l’air.
L’exercice est d’abord d’esquisser une ébauche,
Nul brouillon n’est exempt de quelques anicroches.
Si la rime achoppe sur quelque pied de trop,
Si l’intrigue en patchwork a des airs de vitraux,
Si tous ces lieux communs ne tiennent la distance
Ou alors de très loin, garnis d’invraisemblances,
Ce n’est qu’un premier jet, tant pis si c’est ballot !
Vingt fois sur le métier retissera Boileau,
Mais pas durant ce mois. Rangez vos bistanclaques
Tant que novembre est là, faites-vous dionysiaques !
N’hésitez pas, sautez   libérez votre trame,
Faites fi des carcans, nourrissez-vous de drames
Si vous vous écartez des chemins convenus
Plongez sans barguigner dans ces eaux inconnues.
Vous ne savez nager ? L’aventure se corse ?
Chaque jour vous fera don de nouvelles forces.
Et le soir, à vos pieds : le quota abattu !
Mil’ six cent soixant’ sept, parfois même un peu plus !

PROCRASTINATION
Mais bon, j’en vois au fond qui sont bien à la bourre…

DOUTE
Ceux-là ont dépassé déjà cinquante mille.
Autant tout arrêter.

FATIGUE
Écrire est difficile !

PROCRASTINATION
Je connais d’autres façons d’occuper ses jours.

MUSE
(La pelle de la Muse envoie valser hors de scène la Procrastination)
Chut ! Ne laissez le doute instiller son poison
Et vous troubler d’un fiel nommé désillusion.
Acclamez les compteurs faits de haute voltige
Mais détournez-vous-en, gardez-vous du vertige.
N’essayez surtout pas de tenir leur distance.
Trouvez votre rythme, le trente en échéance.
Muselez la paresse et tous ses « à quoi bon ? »
Assommez sans façon la démotivation.
(Fatigue et Doute disparaissent à reculons de la scène)
Ajournez-les ! Fatigue, procrastination,
Ainsi que tout le reste de vos distractions !
Et si vous lambinez, que le retard est là,
Regardez-le en face, ne l’ignorez pas.
Montrez-lui maintenant le chemin de la porte.
S’il n’obtempère pas, envoyez une escorte !
Les nanoteurs sont là pour vous prêter main-forte.
Et quand ils s’y mettent, ce n’est pas de main morte.

CHŒUR DE DISTRACTIONS DIVERSES
Ce n’est qu’un perroquet, cette communauté !
Un autre chœur antique fait pour répéter.
C’est une distraction qui devrait nous rejoindre.
Nous, les godelureaux qui ne savons que geindre.

MUSE
(envoie la pelle dans le tas. Le chœur de distractions fuit en piaillant)
Écrire, c’est certain, se fait en solitaire.
Entre l’écran et soi, la plume et le carnet
L’histoire n’est racontée que par vous. Oui, mais
Nul n’est isolé à bord de cette galère.
Écrivez ! Écrivez quand les autres écrivent !
Quand ça pépie, dans la détente collective,
Soufflez ! riez ! rangez pour mieux repartir.
Sans effort, vous verrez ce quota aboutir.

CHŒUR DES OBLIGATIONS SOCIALES
Bof, quand on a déjà un très bon potentiel,
C’est du temps perdu qu’on peut mieux exploiter
Au lieu de gaspiller tous ces mots à la… pelle
Sur des histoires floues pas assez méditées.

MUSE
(ramasse la pelle et la pointe vers le second chœur qui disparaît dans un nuage de fumée)
Avoir du potentiel, ça ne vaut pas tripaille !
C’est songer qu’on pourrait, peut-être un jour, qui sait ?
Mettre au conditionnel des idées esquissées,
Feignant d’ignorer que le talent se travaille.
Même une piètre histoire, une fois achevée,
Vaut mieux que cent chefs d’œuvre seulement rêvés.
Vos écrits sont balourds ? Il vous manque du style ?
Vous progressez pourtant, chaque effort est utile,
C’est dans vos erreurs que vous forgerez votre art.
Les ratés ne doivent être rédhibitoires.
Écrivez sans remords ! Écrivez pour vous seul·e !
Et relevez-vous si vous vous cassez la gueule.
Ne barrez rien, gardez tout, même ça, oui, ça,
Ce paragraphe entier plus ronflant qu’un poussah,
Cette ponctuation tirée à la grenaille,
Ou ces descriptions plus ampoulées que Versailles.
N’effacez pas un mot ! Tant pis si ça démange,
Le raisin ne se cueille que lors des vendanges.
L’idée de démesure est le mètre étalon.
Ne voyez pas petit, mais plutôt grand et long.
Que ce NaNoWriMo soit un jeu d’équilibre
Un sprint les yeux fermés, presque une chute libre !
(le Doute apparaît dans le dos de la Muse, il se prend un coup de pelle. La Fatigue agite un drapeau blanc et traîne le corps du Doute en coulisses)
Et qu’un malotru pointe le bout de son nez
Dans votre écriture pour vous importuner,
Étouffez pour de bon ce qui fait résistance.
Pas au sens littéral. Ou bien mettez des gants.
Enfin, je n’ai rien dit, c’est trop compromettant.
S’il peut être tentant de réduire au silence
Au sens strict du terme d’extérieures nuisances.
La loi ne permet pas ces formes de violence.
(elle tourne le dos et s’apprête à quitter la scène, mais se retourne à demi)
Un conseil entre nous : en cas d’arrestation,
Videz votre historique de navigation.

RIDEAU