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À mi-parcours de ce NaNoWriMo, ma progression est en berne. Le compteur est resté bloqué à 21349 mots depuis le début de cette semaine. Il paraît que c’est le mur comme pour le marathon. Je me rends compte que passer 30 jours exclusivement sur un texte, ça m’est toujours impossible. J’ai écrit, mais pas sur le NaNo-roman. Et quand je me suis penché dessus, ça a été pour dessiner des cartes, réfléchir à la géographie du monde, repenser la cohérence des noms, etc. Pas bien, je sais.

Pour retrouver la motivation, j’ai écrit un autre pep-talk à mes Writing Buddies. Suite à une blague sur Facebook, l’idée de l’écrire sous la forme d’une lettre d’amour s’est imposée. J’espère simplement que ça n’aura pas été pris trop personnellement. Je ne suis pas équipé pour avoir de l’amour envers autant de gens à la fois. Toute la place est déjà prise par le sarcasme… D’un autre côté, il paraît qu’il n’existe pas meilleure inspiration que celle instiguée par le sentiment amoureux. Avec moi, c’est le saucisson qui fonctionne super bien. Faut croire que j’ai mal été dressé. Bref, imaginons un instant que son NaNo-roman (ou saleté de nano-rebellion*) soit personnifié le temps d’une lettre… Ça a donné presque le quota journalier nécessaire il y a 3 jours pour rester dans les temps. Je devrais écrire davantage de lettres d’amour.

How to write love letters

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              Mon ami·e, mon aimé·e, mon amant·e,

Dans l’océan tumultueux qu’est notre relation, nous voilà à un stade… délicat. Comme ces mots sonnent sérieux, tout à coup. “Un stade délicat dans l’océan de notre relation tumultueuse.” Je commence à peine à écrire et voilà que je tremble, que le vertige m’assaille. Étrange, n’est-ce pas ? le pouvoir que peuvent avoir sur nous de simples mots. En une phrase, surgit la fébrilité. La fièvre m’empreint, elle me submerge. Tout ce que la passion assujettit en moi s’éprend.

C’est ce que j’ai toujours aimé en toi, la puissance évocatrice de ton verbe. Et aussi, la manière que tu as de jeter les mots. Avec ardeur ou nonchalance, avec colère et frustration parfois. Mais avec amour, toujours. Même lorsque tu achoppes sur la conjugaison de l’amour, le sentiment est là. Je l’ai toujours senti en toi. Ce n’était pas difficile tellement il affleure sous tes doigts, le long de ta peau, dans ton regard et dans ta voix. Le goût des mots est cette eau à la bouche qui monte à tes lèvres et qui, sans crier gare, te fait raconter mille histoires sur la Lune.

Hélas, la seule histoire qui compte maintenant est celle qui s’écrit entre nous, celle qu’on s’écrit, toi et moi. Tu le sais, nous deux, ça n’est pas fait pour durer toute une vie. Pour bien faire, si nous parvenons à être raisonnables, nous deux, c’est bientôt fini. Mais ne t’emballe pas de noirceur en contemplant ce que je t’évoque et qui sonne de façon si tragique. Toutes les histoires sont vouées à finir un jour. Faisons en sorte que la nôtre dure jusqu’à la dernière lettre du mot “fin.” Il y a encore tant à écrire, ne l’oublie pas. Ce n’est pas le moment de se décourager. On ne s’arrête pas en si bon chemin.

Alors reprends ta plume ou ton clavier et renoue le fil que tu as commencé à tisser. Le début de notre histoire était si aisée. Tu t’en souviens ? Les débuts sont toujours faciles. Il suffit d’exclure le reste du monde pour avancer. On dit que l’amour est exclusif. Au début, c’est toujours vrai. Mais voilà qu’en ouvrant à nouveau les yeux sur le monde, nous avons découvert ce mur. C’est une barrière faite pour te décourager, t’empêcher de repartir dès le moment où tu as arrêté d’avancer. J’ai foi en toi. Ce mur, tu sauras le dépasser.

Qu’est-ce que tu cherches à faire, petite canaille ? Je te vois tenter de jeter un œil de l’autre côté du mur pour espérer voir à l’avance si ce qui s’y passe est croustillant. Allons, si tu veux effeuiller mes mots, tu sais ce qu’il te reste à faire. Tu dois passer ce mur, drôle d’animal ! Ce n’est pas difficile. C’est un mot après l’autre. Comme des boutons d’une chemise que l’on défait les uns après les autres, comme un laçage de corset qui invite à être défait par des mains persévérantes, comme les masques dont se parent les amants. Si toi et moi, nous le voulons, tu verras, ces obstacles se déferont tous seuls, à mesure que tu coucheras les mots dictés par ta passion. Des mots sucrés, des mots ronds et dorés, qui respirent l’envie en allitérations et se confondent avec la douce odeur de la tendresse. Tes doigts, lents ou rapides, ils sont agiles, ils glissent, ils pianotent sur ton clavier. Ce sont des promesses, des invitations au béguin. Le galbe de tes phrases chante l’ivresse qui se virgule, se majuscule et soudain finit en pointillés. Ô âme créatrice, ton verbe est un impératif de bagatelle. Tu sais rendre mon âme repue, le souffle court, les lèvres vives d’avoir autant bu à ta bouche.

Encore, je te le demande, délace-moi de tes mots, les uns après les autres, tombe chaque chapitre comme si c’étaient des voiles qui me couvraient, et si les mots se troublent, si tu hésites, sache que je n’attends qu’une chose de toi, que tu continues, que tu m’enivres de tes paroles. Dis-moi les noms de notre histoire, attribue à tes ferveurs des adjectifs à arborer en colifichets. Et si tu termines un paragraphe, c’est un autre grain de beauté qui te sera dévoilé.

On ne s’en tire pas si mal jusqu’à présent. Tu en doutais ? Pourtant, quand tu couches sur moi tes mots et tes pensées, tes désirs en verbes crus, en répétitions maladroites et en vocabulaire pas toujours adapté, tu parviens à ton but, celui de faire progresser notre relation. S’il faut te reprendre, te corriger ? C’est possible, tu le sais. Il n’y a aucun interdit entre nous.

Mais rappelle-toi, le temps nous est compté. Si notre histoire veut avancer, si tu veux que toi et moi, nous atteignions ce point final où tout sera accompli et achevé, sans la rancœur ni les regrets, tu sais qu’il ne faut pas revenir sur les erreurs du passé. Le présent n’est que là où ton curseur te fait de l’œil. La ligne précédente, le mot juste avant, tout ça est derrière, désormais. Il faut avancer. On ne rature pas ce qui se passe entre toi et moi. Assumons nos défauts, ces lettres inversées et ces mots en trop, ces paraphrases amphigouriques et ces lourdeurs qui à la relecture donneraient le hoquet. Non ! Ne relis rien. Continue d’avancer à mes côtés. Défilons ensemble jusqu’au bas de notre page blanche. Noircis mon corps de texte de tes pensées, de ce que je t’inspire comme idée fixe et comme envie. Avec moi, même tes délires invraisemblables ont leur place.

Comment ? Tu te crois médiocre ? Tu ne penses pas être à la hauteur ? Pourtant, tu le sais que je pardonnerai toutes tes fautes. Et dis-toi que moi aussi, je suis loin de la perfection. J’ai tellement d’exigences. Je te demande l’impossible et toi, tu ne fais que donner. Quand tu crois voir en moi des récompenses, des affections en retour, aurais-je l’audace de te faire croire que c’est la vérité ? Ces mots d’amour que je glisse dans tes pensées, souvent je me dis qu’ils sont là pour te berner, te persuader que tes transports et tes ivresses sont le fruit de mes caresses. Mes blandices sont trompeuses, je me dois de te l’avouer. Elles ne te promettent qu’une seule chose et toi, tu vois mille autres médailles.

Mais ce que je te promets, ça n’a pas de prix, c’est tout ce que je peux offrir aussi. Je te promets un symbole, une victoire sur toi-même, un trophée qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir brandir. Je te promets la Lune que tu m’as racontée  !

Tant d’aspirants écrivains ont échoué dans les marges de leur roman. Soit que l’inspiration ne leur venait plus, soit que le reste du monde était trop fort et trop bruyant. Mais toi et moi, nous sommes le silence. Je suis ton unique auditoire, ton unique spectacle. Notre texte, nous l’improvisons à mesure de notre aventure. Tant pis si notre verbe n’a pas la consistance de la rime, s’il n’a rien de mélodieux dans sa prosodie. Peu importe si l’on s’illusionne que tout peut être parfait. Tout ne le sera pas, mais ce sont ces défauts qui feront notre histoire, qui seront ton succès. Prends courage pour continuer.

C’est l’instant délicat où le moral n’est plus là. Ou s’il est ici, il ne se montre pas et il se fait gagner par les distractions. As-tu oublié que mon amour est exclusif ? Nous ne sommes pas faits pour durer longtemps. Notre histoire est éphémère. Mais durant tout le temps où je serai dans tes bras, dans tes pensées, tu n’as pas le droit de penser à autre chose qu’à moi. Si tu te retrouves à nouveau au pied du mur, dis-toi que notre union est temporelle, que bientôt, toi et moi, nous ne serons plus. C’est inéluctable, c’est ainsi que vont les choses. Et durant tout ce temps que nous passons ensemble, fais en sorte qu’il vaille quelque chose. Ce qui compte, ce sont les mots que tu écriras durant ce temps qui défile. Et lorsque le rideau de notre union tombera, que de notre dernière grande scène, notre succès, sortira la dernière réplique du dernier acte, lorsque les lumières s’éteindront et que le décor ne sera plus qu’une immense salle obscure, le vide ne sera pas là. Non, ô mon âme créatrice, le démiurge de nous. Partout autour de toi, entends-tu déjà ce tumulte qui naîtra ? Le monde t’acclamera, la fierté t’emportera, et ce transport ne sera plus seulement amoureux, il sera un élan d’orgueil tant mérité. Alors, sans que tu t’en aperçoives, je me retirerai et te laisserai à ta gloire dont toute la saveur t’envahira, car cette fin qui nous déliera sera un renouveau, une métempsychose qui me fera reparaître à tes yeux, dans le sublime et la transfiguration de ta réécriture.

              Ton ami·e, ton aimé·e, ton roman**


* Et puis d’abord, vive l’Empire !
** Ou toute autre forme littéraire (ou approchant) que prend votre challenge.