En passant

Le temps qu’il fait, le temps qui passe

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De l’alexandrin gras pour ton cerveau mal nourri du lundi de la dépression. Note que myrtille se prononce ici comme dans l’espagnole paella ou l’italien tagliatelle, non comme dans fille ou fil. Les miscellanées et les Hespérides sont en principe plurielles, pas ici. Oui, je sais, les capitales ont capitulé en minuscules. Tout ceci n’est que le parti pris d’un diseur de phébus du temps jadis, lorsqu’il prenait encore la plume.


De l’hadès éclairées, vos mânes sont l’écume,
Argentins lisérés surgis du céladon.
Sinon l’hiccéité qui déjoue l’abaddon,
Par quelle vanité saisissez-vous la plume ?

Que l’on est audacieux embrassé de ghibli,
Ce séduisant otieux auquel nul ne rétive !
Il a goût de myrtille et de vertes estives,
Adornant de bétyle un vers qu’il ennoblit ;
Mais si prompt à l’esquive, il bannit le précieux
De sa grâce affective, en phébus volatil.
Chassée, l’âme affaiblie s’encombre de futile,
Errant à l’aphélie, dévoyée par les cieux.

Aux heures hibernées, où va l’inspiration ?
Est-elle retournée loin des terres algides,
Insufflant son obole accordée, folle égide,
Aux grues dans leur envol vers les fulgurations ?
En agreste éphélide, empourpré, l’aster n’est
Qu’offrande d’hespéride aux migrants célicoles,
Fugace apparition inscrite dans le sol,
Cette vive oblation annonce l’hiver né.

Ardent météore et trop périssable verne
Émue par les borées gris du septentrion ;
Nul besoin du regain stridulé des grillons
Pour soigner un béguin chassé par la galerne.

La muse tiendrait-elle en horreur les frimas ?
Seule la bagatelle est apte à l’enhardir !
Ces grésils fantomaux doivent bien se gaudir…
C’est qu’allié des brumaux, l’apert anonymat
Fait la muse brondir, cachant sous son mantel
Ce qui ne peut froidir : la gent du versi-mot !
Qu’importe le climat, fourbissant leur pommeau,
Les parnassiens primats ont le verbe immortel.

Qu’un trait propitiatoire attise un feu naissant !
Qu’un fredon oratoire adjure un verbe épique !
Et gorgée de prana, ô déesse topique,
Impartis l’arcane à tel aède quiescent !
Dans ses lettres d’aspic ou portant l’encensoir,
Qu’il règne à mille piques en haut des almanachs,
Par le fruit lucescent et encré de mana
D’un labeur paraissant vêtu de nonchaloir !

Inflexible mentor, la muse aux quat’ saisons
Harmonise, cantor, nos rimes indociles.
En son verger, glanez de l’égérie ancille
Une miscellanée de mots en véraison :
L’ophis charmé d’un psylle, un haut-fait de centaure,
Anagogie gracile, azur et safranée,
Qui à la fenaison, poindra filigranée.
Nul besoin de raison, le poète est sans tort.

Au solstice jovien, aux plus saturniens givres,
Aux périls diluviens d’automne ou de printemps,
Elle encre l’uberté aux vimaires du temps,
Gloire à la liberté qui la plume rend ivre !